Se lancer en freelance ?

28.12.25 14:46:46 - Par Fabienne Capdrot

Six mois de freelance : 
​Bilan honnête après le lancement de FC Créa

FC Créa existe depuis mai 2025.
Six mois se sont écoulés depuis la création officielle de mon activité de freelance en communication et brand design. Ce n’est pas une durée spectaculaire mais ce n’est pas non plus anodin. C’est un entre-deux, un moment où l’on n’est plus dans l’élan du départ, mais pas encore dans une forme de stabilité.

Je travaille encore ponctuellement comme infirmière. Le reste du temps, je développe mon activité. Ces six mois ont été marqués par de nombreuses périodes sans contrats. Peu de missions, peu de continuité. En revanche, beaucoup de travail en arrière-plan. J’ai construit mes offres, retravaillé mon positionnement, développé mon identité visuelle, alimenté mes réseaux sociaux, créé mon site internet. J’ai essayé, autant que possible, de ne pas rester immobile dans l’attente.

Pourquoi je me suis lancée en freelance ?

Je ne me suis pas lancée par rejet soudain du salariat, ni par idéalisation du freelancing. Je me suis lancée parce que je ne trouvais pas de postes qui correspondaient réellement à ce que je cherchais. Les annonces semblaient demander des profils extrêmement complets, presque irréalistes, pour des conditions souvent décevantes. À force de lire ces offres, une lassitude s’est installée.

Au même moment, ma dernière fille entrait à l’école. Ce détail a compté plus que je ne l’imaginais car il m'a permis de dégager du temps et surtout une possibilité. J’avais des économies, le droit au chômage et suffisamment de marge pour tenter quelque chose sans mettre immédiatement tout en péril.


Le freelance m’est alors apparu comme une option cohérente.  J'avais l’idée que, si cela fonctionnait, ce serait une manière plus souple d’organiser le travail et la vie personnelle. Et si cela ne fonctionnait pas, je pourrais envisager autre chose.

Les débuts : entre encouragements et illusion de mouvement

Les premières semaines ont été portées par une énergie particulière. Celle que je connais maintenant comme l’énergie du démarrage. Les encouragements ont été nombreux. Je me suis sentie soutenue, presque légitime par défaut. Il y avait ce sentiment que la décision était forte et que quelque chose d'extraordinaire commençait.


Puis la réalité a progressivement pris sa place surtout quand tu pars de zéro comme moi. Pas de clients, pas de notoriété, pas de visibilité réelle. Tout était à construire, et cette construction s’est révélée lente, beaucoup plus lente que ce que j’avais imaginé lorsque je me suis lancée.

J’ai passé beaucoup de temps à observer ce qui se faisait ailleurs. À analyser les sites, les réseaux sociaux, les offres d’autres freelances en communication, en branding, en identité visuelle. Je me suis inspirée et je l'avoue, parfois trop. J’ai essayé de comprendre les codes, de m’y adapter, quitte à m’éloigner un peu de moi. J’avais besoin de repères pour démarrer.


Dans cette phase, on parle beaucoup d’objectifs, de stratégie, de clarté. Mais intérieurement, tout n’était pas encore aligné. Je ne savais pas toujours précisément ce que je voulais vendre, ni comment le formuler. J’ai avancé malgré tout, par essais successifs, en ajustant en permanence. Je dois l'avouver, Chat GPT est dévenu mon meilleur allié pour cette période.

La réalité financière du freelance

La question financière s’est rapidement imposée comme l’un des points les plus difficiles. En freelance, l’argent n’est jamais abstrait. Je savais qu’il aurait fallu gagner davantage qu’en CDI, parce qu’il fallait absorber les charges, l’irrégularité, l’absence de sécurité, et pouvoir mettre de côté.

Mais dans les faits, je me suis retrouvée face à une cible qui ne me connaissait pas encore. Justifier mes prix est devenu compliqué, surtout lorsque les résultats tardaient à arriver. Il y avait un décalage constant entre ce que je savais devoir gagner et ce que je parvenais réellement à générer.


La comparaison s’est installée naturellement. J’ai observé d’autres freelances qui semblaient installés, visibles, sollicités. Je me suis demandé combien de temps cela leur avait pris. Je me suis surtout demandé pourquoi eux, et pas moi. La légitimité est devenue fragile. Non pas parce que les compétences manquaient, mais parce que les chiffres ne suivaient pas encore.


J’ai souvent regardé des offres en CDI. Je le fais encore. Pour moi, elles représentent une forme de stabilité financière. Et je n’ai pas décidé de fermer cette porte. Si je trouvais un poste qui correspondait réellement à ce que je cherche, je n’hésiterais pas à postuler. Aujourd’hui, je vois cela comme une option, pas comme un renoncement.

Travailler sans cadre : entre liberté et déséquilibre

Mon rapport au travail a profondément changé. Quand je n’ai pas de contrat, le temps devient flou. J’ai tendance à procrastiner, parfois de manière active. Je travaille sur mon site, sur mes offres, sur mon identité visuelle, sur ma communication. Ce sont des tâches utiles, nécessaires même, mais rarement rentables à court terme.

Il m’arrive de travailler le soir sur une idée que je veux absolument mener au bout. Et d’autres jours, de ne presque rien faire. Les journées pleines mais non rémunérées ont un effet paradoxal. D’un côté, j'ai la satisfaction d’avancer, de l’autre, une forme de doute persistante. Quel est l’intérêt de communiquer sur une activité qui semble encore en latence ?

La partie commerciale reste la plus difficile. Prospecter me met profondément mal à l’aise. Aller vers l’autre suppose de croire suffisamment en ce que je propose. Or cette confiance reste encore fragile. Le syndrome de l’imposteur n’est jamais bien loin.

Le doute est constant

Je doute encore beaucoup. Je doute de la viabilité de mon activité, du temps nécessaire pour qu’elle fonctionne, de ma capacité à tenir financièrement. Je doute aussi face à l’évolution rapide de l’intelligence artificielle. Quand j’ai déjà du mal à m’installer avec mes compétences actuelles, me demander comment me réinventer dans un contexte aussi mouvant est déstabilisant.


Les retours que je reçois sont positifs, mais encore trop peu nombreux pour constituer un socle solide. Ils rassurent dans un sens, mais ce n'est aujourd'hui, pas encore suffisant.

Communiquer quand je ne me sens pas encore visible

La communication n’est pas un frein en soi. Je n’ai pas de difficulté à me montrer. En revanche, trouver des sujets réellement pertinents, capables d’apporter une vraie valeur ajoutée à ma cible, est plus complexe. J’ai souvent l’impression de parler dans le vide, non pas par manque de choses à dire, mais parce que je n’ai pas encore touché les bonnes personnes.


Certains jours, cette communication devient une contrainte mentale. Elle demande de l’énergie, de la constance, alors même que les retombées sont faibles. C’est un travail invisible, difficile à mesurer et parfois décourageant.

Ce que ces six mois m’ont malgré tout apporté

Je ne considère pas ces six mois comme du temps perdu. Ils n’ont pas été simples et ils ont été traversés par beaucoup de stress, notamment financier. Mais ils m’ont aussi offert quelque chose que je n’avais jamais vraiment connu auparavant : du temps. Du temps pour ma famille, d’abord. Une présence plus régulière, plus consciente, qui change profondément la manière dont je vis le travail. Et du temps pour observer, réfléchir, ajuster, sans être constamment prise dans l’urgence d’un cadre imposé.


Cette période m’a permis de poser un autre regard sur le travail. Moins centré sur la performance immédiate, plus attentif à l’environnement dans lequel je le fais évoluer. Le freelance m’a appris à accorder davantage d’importance à mon équilibre et à la manière dont je traverse mes journées. Je ne parle pas de confort personnel ici, mais du respect de ce que je suis capable de tenir sur la durée.

Ces six mois m’ont aussi confrontée à mes propres limites. Ils m’ont renforcée sur certains aspects, en m’obligeant à prendre des décisions et à avancer sans validation extérieure immédiate. Et ils m’ont fragilisée sur d’autres, physiquement et psychologiquement, en mettant à nu certaines peurs, certaines tensions que je n’avais pas vraiment eu à affronter auparavant. Ces deux dimensions coexistent. Elles ne s’annulent pas et font partie du même mouvement.

Un échauffement plus qu’un aboutissement

Avec le recul, je vois aujourd’hui ces six premiers mois comme une phase d’échauffement. Une période nécessaire, presque incontournable, dans un parcours freelance. Le moment où tout est encore flou, où l’on expérimente sans vraiment savoir ce qui fonctionnera, où l’on avance à tâtons, souvent sans retour immédiat.


Cette réalité est largement partagée. En France, on compte aujourd’hui plus de 1.2 millions de freelances et d’indépendants, et les études montrent que les premiers mois sont rarement synonymes de stabilité financière. Selon les données compilées par Tool Advisor, une grande partie des freelances mettent entre 6 mois et 2 ans avant d’atteindre une situation économiquement viable. Les débuts sont souvent marqués par des revenus faibles ou irréguliers, quel que soit le secteur.

Ne pas “réussir” ses six premiers mois est donc loin d’être une anomalie. C’est même une phase très courante, surtout lorsque l’on démarre sans réseau, sans clientèle existante et sans notoriété préalable.

C’est aussi le moment où l’on est le moins visible. Et paradoxalement, c’est précisément ce qui en fait une période précieuse. Parce que l’erreur y coûte moins cher. Parce que l’on peut tenter, ajuster, échouer, recommencer, sans avoir encore d’image à protéger, sans promesse à tenir et sans attentes extérieures trop fortes.


À l’inverse, certains freelances démarrent très rapidement. Ce sont souvent ceux qui ne partent pas de zéro : une expérience solide dans un secteur précis, un réseau déjà actif, d’anciens clients, ou une spécialisation très claire dès le départ. Ces démarrages “sur les chapeaux de roues” existent, mais ils reposent rarement uniquement sur le hasard.

Dans les deux cas, la clé reste la même : se donner dès le début. Tester, produire, communiquer, ajuster, même quand les résultats ne sont pas encore visibles. C’est ce travail invisible qui, à terme, crée les opportunités.


Ces premiers mois permettent de construire des fondations invisibles : 

  • Clarifier ce que l’on veut réellement proposer, mais aussi ce que l’on ne veut plus faire. 
  • Tester sa manière de travailler, son rythme, sa relation au temps et à l’argent. 
  • Observer ce qui fatigue, ce qui stimule, ce qui fait sens, et ce qui en fait perdre. 
  • Rien de tout cela ne peut être théorique. Il faut le vivre pour le comprendre.


    Mettre ce temps à profit, ce n’est pas chercher à être rentable à tout prix, ni vouloir “réussir vite”. C’est accepter que cette période serve à apprendre le métier de freelance autant que le métier que l’on exerce. À structurer ses offres, oui, mais aussi à apprendre à se vendre, à poser ses limites, à comprendre sa cible, à ajuster son positionnement. 

    C’est un travail lent, souvent ingrat, mais profondément structurant.


    C’est d’ailleurs dans cette logique que j’ai structuré progressivement mes offres et ma vision, notamment autour de l’accompagnement en identité visuelle et de la communication pensée sur le long terme, en tenant compte du rythme réel de l’entrepreneuriat.


    Aujourd’hui, je sais plus clairement ce que je veux pour la suite. Ou, à défaut, ce que je ne veux plus. Je suis encore en construction, mais la direction s’éclaircit. Je commence à comprendre ce que je souhaite transmettre, la manière dont je veux accompagner, et ce que je souhaite réellement vendre. Ces prises de conscience n’auraient pas été possibles sans ce temps d’exploration, parfois inconfortable, souvent silencieux.


    Ce texte n’est pas une conclusion, c’est un état des lieux. Et ça c'est précieux dans un parcours encore ouvert.

    Si ce bilan a résonné, je partage ce même regard, plus brut et plus spontané, sur Instagram. J’y parle de freelancing, de doutes, de construction de marque, de communication et de ce que ça implique vraiment au quotidien. Tu peux me retrouver là-bas si tu as envie de suivre la suite du chemin.

    Fabienne Capdrot